Street artist, sculpteur, DJ… Comment peut-on définir Pimax ?

Pour nous, Toulouse c’était les zones industrielles, la montagne noire, les anciennes usines de cuir de Graulhet. Les graffeurs et les musiciens étaient avec nous. Tout le monde avait certes une culture hip-hop mais il y avait aussi une partie qui faisait du rock, du punk et de la techno. C’était clairement une belle fusion musicale et graphique.
J’ai mis 15 ans à accepter le fait que l’on puisse m’assimiler au street art. Au même titre que d’autres
puristes, ce n’était pas un titre que j’aimais entendre car pour moi, c’était trop main stream..
Cela n’a jamais été une revendication. J’ai toujours peint dans la rue, dans les usines et sur les camions. Cependant, c’est bien de peindre sur le train mais à un moment donné il faut monter dedans. Je suis content de vivre de mon art plutôt que d’aller bosser chez McDo ou chez EDF.
En revanche, je respecte ceux qui ont décidé de rester dans l’underground et de garder une certaine pureté.
Dans le milieu commercial, beaucoup de personnes n’ont pas de talent et pourtant savent bien se vendre avec « le concept » : comme vendre des sculptures de dix mètres de haut. Je ne citerai pas de noms mais certains artistes piquent le style d’autres plus talentueux, moins médiatiques parce que plus humbles.
De grands artistes ont eux-mêmes été fabriqués par des investisseurs et des mécènes. En 5-10 ans, une grosse campagne de communication peut par exemple s’organiser autour de crânes en diamant. L’objet d’art va alors devenir incontournable.
Une dizaine d’images circulent et ainsi on crée du buzz autour. Banksy n’est pas une exception mais contrairement à d’autres, c’est un artiste qui a du talent. Le même print de Banksy acheté il y a 10 ans à Londres au prix de 150 £ non signé peut coûter 5 ans plus tard 4 000 £. De nos jours, le même print vaut 50 000 £. L’autodestruction d’une œuvre, peut être une véritable opération de communication. Le milieu de l’art s’est mis à fonctionner comme le marché de l’immobilier.

Ainsi tous les quartiers mainstream tels que Shoreditch, Brick Lane à Londres, l’ancien quartier juif, Alfama, à Lisbonne ou à Barcelone ont changé de populations. On parle de gentrification : Les marques (Levis, Diesel, Dr Martens) ont investi dans le concept store. Lorsque le graffiti s’installe dans un quartier c’est une mauvaise nouvelle pour les certains habitants. Le quartier originellement populaire voit en effet son prix flamber. Les plus modestes ne pouvant plus payer sont alors peu à peu jeter hors de leur quartier.
Même lorsqu’on est conscient de ce système et qu’on comprend qu’un galeriste ou un fond d’investissement soutient, ceux qui en ont les moyens, suivent à leur tour. Le faux stabilise le vrai. En achetant tout un quartier, on contrôle le prix de l’immobilier. En achetant toute la production d’un artiste et un peu de communication, on peut faire décoller sa carrière.

Je suis également un grand admirateur de César. Il m’a notamment inspiré pour mes créations « la bombe de peinture » et « le ghetto blaster ». J’adore également Le Caravage. Beaucoup d’artistes qui ont une carrière font référence aux icônes religieuses et les réinterprètent. Les peintres de la Renaissance ont eux-mêmes eu pour inspiration l’art antique. J’aime lier des univers totalement différents. J’aime mélanger du Warhol avec du Caravage.
Mon art est finalement comme un bootleg – Je n’ai pas de réflexion et je ne fais pas de brain storming. Je vais tout simplement dans mon atelier et je peins. Des fusions d’objets et d’idées se mettent alors en place. Mes plus belles œuvres ont finalement été faites spontanément ou par intuition.
Une autre chose : dans les mathématiques, le Pi symbolise l’infini. Le power maximum est le maximum d’énergie que l’on peut aussi avoir sur un panneau solaire.
Je suis aussi quelqu’un de très speed, j’adore monter des projets et utiliser l’énergie collective.
Je tiens également à signaler que contrairement à ce qu’ont pu écrire certains journalistes qui ne m’ont même pas interviewé, je ne suis pas né à Montreuil. Mon lieu de naissance reste top secret (!)


Goldorak ne m’appartient pas mais Goldofuck oui. En même temps, je crois plus au mouvement Copyleft qu’au Copyright classique. Des pochoirs Goldofuck circulent partout. Soit je les ai donnés à des amis soit ils ont été fabriqués par d’autres. J’aime ce côté alternatif que l’on retrouve également dans la techno ou le punk. Une famille à Rennes que je ne connais même pas, vend sur le marché des mugs et des T-shirts Goldofuck. J’en suis ravi.
Posca m’a suivi partout pendant 15 ans. Elle vivait dans mon camion et m’accompagnait dans les soirées clandestines.

Lorsque j’étais accessoiriste dans le cinéma, Posca était également sur les tournages.
NOURF était son onomatopée pour communiquer avec moi. Rapidement, c’est devenu son surnom. Le jour où elle est morte, j’ai recouvert une centaine de mes tableaux. Mais ceux que j’aimais le plus, ceux qui rendaient hommage à Bernard Buffet, Magritte ou Picasso, je les ai préservés et j’y ai peint le chien Nourf au premier plan. Ce personnage est une allégorie de moi-même en train de peindre ces œuvres mais je l’ai également utilisé pour parler de l’histoire de l’homme en général.
Nourf est un chien avec de grandes dents et un pansement sur la gueule (comme pour Pif Gadget). Il peut être aussi un hommage à « L’homme à la guitare » (1918) de Picasso ou aux « Baigneuses » de Renoir (1919) ou à la Laitière de Vermeer (1658). Les premiers Nourf Nourf ont été réalisés dans les rues de Lisbonne accompagné de Zouzou du Rosa Bonheur, puis dans le 13ème avec le soutien de Jérôme Coumet, passionné par notre mouvement. Nourf est aussi Godzinouf lorsqu’il a de longs bras. Car au u départ, Nourf avait un corps rond en hommage à Keith Haring (1958-1990). Ses yeux sont clairement une référence aux Simpsons. Nourf aurait pu être leur chien. Je rappelle que les Simpson était une icône importante du LSD au début des années 90. Les buvards que nous prenions, avaient comme effigie Bart avec son lance-pierres. Le cartoon était devenu la représentation des drogues de synthèse. Mes premiers tableaux étaient des intercalaires de bouteilles d’eau qu’il y avait sur les palettes des supermarchés (je n’avais pas les moyens d’acheter de vraies toiles). C’était peint avec du posca bi-couleurs et avec des dragons rouges, des supersonics et des Bart Simpson.
Petit à petit, le dessin de Nourf est devenu pointu (dents, museau, oreilles) et agressif. Avec la bouche, le chien a ce petit rictus de la vibration du cœur qui rappelle également l’onde du son. Le bobo sur le visage de Nourf est certes symbolisé par le pansement et l’onde montre qu’il est toujours en vie au rythme de la musique.
Je me suis toujours engagé pour aider des personnes qui souffrent. Je travaille avec des enfants autistes, malades du cancer, des jeunes de Casablanca ou du 14ème arrondissement de Paris. Je comprends la souffrance – elle me touche. Pour toutes ces raisons, j’ai envie d’aider des minorités délaissées en particulier les autistes. Ils sont bourrés de talent. Avec de l’éducation et de l’attention, ces enfants peuvent réaliser de grandes choses. J’ai à présent une école qui s’appelle Nourf Art School basée en Ile-de-France et qui accueille des enfants autistes. J’ai le projet de réaliser un dessin animé avec une présentation 3D. J’ai même remodélisé Nourf avec une paire de baskets et des gants à la manière de Mickey Mouse.

J’ai grandi à la campagne et cela ne me dérangerait pas de faire pousser des tomates et de la weed au fin fond de l’Ardèche. Cependant, je suis accro à l’urbex. Dès l’enfance, j’adorais visiter des lieux désaffectés ou les nouveaux bâtiments en cours de construction. Ma ville préférée au Maroc n’est pas d’ailleurs Ouarzazate ou Marrakech mais Casablanca. J’aime cette ville car elle est sale et authentique. Les pauvres et les riches se côtoient chaque jour. J’ai été l’un des premiers, comme Jérôme Mesnager à peindre dans les rues et les abattoirs de Casablanca. Il y a 15 ans, je faisais des portraits de George W Bush, de Oussama Ben Laden et une femme en burkini.
Heureusement, les collectionneurs d’art conservent nos œuvres éphémères. J’ai peint sur des pavés ou des murs et grâce à la photographie, les dessins sont immortalisés.

En squattant sans autorisation des entrepôts, une fois sur deux, nous devions discuter avec la police ou affronter les CRS afin de prendre le temps de désaouler et de redescendre dans le pré d’à côté plutôt que de partir immédiatement avec la voiture. Nos négociations avaient du sens : Il ne fallait pas qu’un de nous se tue en voiture sur la route. Avec ce poing tendu, Goldorak a donné une idée à Def des Dépravés : Goldofuck est celui qui fait un doigt d’honneur. J’ai bossé alors sur un graphisme. Vivre en communauté c’est avoir des idées en même temps. Il n’y a pas d’individualisme, pas de jalousie. Nous avons travaillé ensemble. Avec notre côté punk, nous avons travaillé sur le côté graphique du doigt levé. Dans le bus de Béber, en sortie de teuf, j’ai flashé un écran au soleil pour faire une sérigraphie tirée sur un rhodoïd avec une imprimante à jet d’encre. Le but était de réaliser un T-shirt pour les gars qui étaient encore là à 10h du mat. Goldofuck est né dans un collectif pour revendiquer une certaine liberté. C’est légitime qu’il rejoigne ensuite des causes sociales et de liberté. Aujourd’hui, des associations qui distribuent de la nourriture à des sans-papiers, sont sanctionnées pour cela par des amendes. On marche sur la tête. De la javel est versée sur de la nourriture jetée dans les poubelles pour que les plus pauvres ne puissent pas se servir. Goldofuck répond aux injustices. Une bonne image doit avoir une lecture rapide. De 7 à 77 ans, on doit la comprendre tout de suite. Le con qui regarde l’image va se sentir visé par le doigt alors que le type ouvert d’esprit va réfléchir davantage au concept.
L’autre sens de Goldofuck, c’est également de répondre aux carnages causés par l’espèce humaine. Goldorak, vaisseau volé par Actarus, a pour mission de protéger l’Humanité. Mais finalement, il en a tellement plein le cul de la connerie humaine qu’il lève son doigt. Il espère finalement que la nature reprenne ses droits sur les hommes.

En revanche, je n’ai pas de tatouage de Goldofuck mais certains de mes amis en ont fait un sur leur corps.
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